Marine Le Pen et la pauvreté

Le 31 août 2012, Marine Le Pen promettait de

ramener à 5% le taux de pauvreté en France en fin de mandat, ce qui représente la sortie de la pauvreté de plus de 5 millions de personnes.

Je doute qu’un gouvernement, aussi efficace soit-il, puisse accomplir la moitié de cette réduction. Ne jetons pas la pierre à celle que les frontistes appellent affectueusement Marine. Après tout, la campagne présidentielle a toujours été le temps des promesses démesurées. Un fonctionnaire de l’INSEE ne sera jamais assez sexy pour se distinguer dans un système électif. Tout en étant assez insensible aux charmes de Marine, elle reste plus agréable à regarder qu’un statisticien en pull jacquard. Passons donc sur les chiffres, le débat publique étant bien trop pollué par l’hybris des prétendants aux fonctions suprêmes de l’État.

Voyons plutôt la forme de l’argument. Peu de personnes s’opposent à la lutte contre la pauvreté. Provoquer une diminution du nombre de pauvre semble être une bonne chose de manière indiscutable. L’argument est donc assez démagogique. On peut néanmoins s’interroger sur les tenants et les aboutissants d’un tel objectif. Clarifions brièvement le débat sur la pauvreté.

Qu’est-ce qu’un pauvre?

Marine Le Pen a décidé de reprendre les chiffres de l’INSEE. Merci Marine. Pour l’INSEE comme pour de nombreux instituts de statistiques, on est pauvre lorsqu’on dispose d’un revenu inférieur à la moitié du revenu médian. Quelques explications s’imposent.

Tout d’abord, il convient de bien comprendre ce qu’est une médiane. Prenons une série statistique, c’est-à-dire une liste de nombres. Imaginons un minuscule pays composé de dix personnes. On recense les revenus des habitants de ce pays :

\{100; 100; 100; 100; 100; 100; 100; 100; 100; 1000\}

Ici, le nombre d’habitants est si faible que la meilleure manière d’appréhender la distribution de leurs revenus reste d’observer la série statistique. Faire des statistiques, c’est aussi regarder tout simplement des listes de nombres. Si la population est plus large, un graphique donnera généralement une bonne idée de la répartition des richesses.

Distribution des revenus dans un monde très inégalitaire

Distribution des revenus dans un monde très inégalitaire

On ne le répétera jamais assez, rien ne vaut un graphique de qualité à un nombre à la fois trop simple et trop complexe. Trop simple car il ne peut résumer toute la série. Trop complexe car sa méthode de calcul nous expose toujours à des erreurs d’interprétation. Au diable la pertinence! Tentons de résumer une série statistique par un seul nombre. Plusieurs solutions s’offrent à nous.

La moyenne

La plus commode et la plus courante consiste à prendre la moyenne arithmétique, la somme des caractères pondérés par leurs effectifs. Les mathématiciens la notent de la manière qui suit, avec y_i les niveaux de revenu et x_i les effectifs correspondants.

\overline{y} = \displaystyle\sum\limits_{i=0}^n \frac{x_i \times y_i}{n}

Le lecteur mal à l’aise avec les notations mathématiques comprendra plus facilement l’application de cette formule à notre exemple :

\overline{y} = \frac{9 \times 100 + 1 \times 1000}{10} = 190

Le revenu moyen de notre économie est donc de 190. Nous comprenons ici que la moyenne est un très mauvais résumé de la situation couramment rencontrée par les habitants. Le revenu moyen approche du double du revenu touché par neuf habitants sur dix. La distribution très inégalitaire tire la moyenne vers le haut. Ainsi, il est fort probable que le revenu annuel du ménage auquel vous appartenez soit inférieur à la moyenne national de 28740 euros par an, sans que vous ne vous sentiez particulièrement pauvre. C’est dû à l’effet que nous venons de décrire.

La médiane

Pour mieux rendre compte de la situation d’ensemble, on préfère dans la plupart des cas utiliser la médiane. Pour la définir, on dit souvent que c’est la valeur qui coupe la population en deux. Si nous rangeons la population du plus pauvre au plus riche, la médiane sera la valeur du revenu du cinquième ou du sixième habitant, 100 dans notre cas. Cette valeur est effectivement plus révélatrice de la situation de cette population. À noter qu’on pourra évidemment imaginer des cas très pervers ou la médiane sera très trompeuse. Néanmoins, la médiane donne un peu d’information quant à la répartition du caractère. Au passage, nous avons perdu la notion de quantité présente dans la moyenne — notre bon bourgeois récoltant 1000 est totalement passé à la trappe.

Pour affiner l’analyse, les statisticiens on en fait assez rarement recours à la médiane. Ils utiliseront plus volontiers les déciles. On découpe alors la population en dix sous-populations et on regarde les valeurs seuils. Par exemple, le premier décile coupe la population en deux parties : les 10% gagnant moins que cette valeur et les 90% gagnant plus que cette valeur. Idem pour le deuxième décile qui fait la césure entre les 20% les plus pauvres et les 80% les plus riches.

Pauvreté relative, pauvreté absolue

Si l’INSEE ne retient pas la moyenne pour mesurer le nombre de pauvres, c’est parce que la notion de quantité est étrangère à celle de pauvreté. Vous n’avez sûrement pas été choqué en lisant dans le paragraphe précédent que nous rangions la population du plus pauvre au plus riche. En effet, la pauvreté est une relation d’ordre, relative. On est pauvre dans sa relation à un individu plus riche que soi. Ainsi, le ménage pauvre d’Allemagne est sûrement plus riche que le famille moyenne de Mongolie. La société ne compare pas ces ménages de cette manière pour la simple raison qu’ils n’ont pas grand’chose en commun.

Au delà du simple revenu, certains chercheurs travaillent sur des critères plus riches d’évaluation du niveau de vie. On discutera alors de la malnutrition, de l’accès à l’hygiène, à l’instruction, etc. Ces études permettent sûrement de trouver une composante absolue dans la définition de la pauvreté. Ne nous attardons pas sur ces considérations certes intéressantes mais qui contribuent moins à une compréhension d’ensemble, systémique.

Profitons donc du choix inouïe de Marine, s’étant tournée vers des outils de qualité et intellectuellement honnêtes, les définitions de l’INSEE. Merci Marine. On considérera comme pauvre toute personne disposant de moins de 795 euros par mois. Comme ce seuil est défini relativement à la société dans son ensemble, on ne réduit pas la pauvreté en relançant la croissance économique. Il ne s’agit pas de «reprendre en main le gouvernail du bateau France», ou de «créer des marges de manoeuvre». Nous ne parlons pas ici de création de richesse mais de redistribution des richesses. Réduire le nombre de pauvres, c’est rapprocher la situation des moins fortunés de celle des plus riches.

Distribution des richesses

Étudions succinctement la situation actuelle. Ci-dessous, voyez l’évolution de la distribution des revenus. Les données proviennent d’Eurostat. Elles sont malheureusement assez pauvres, l’institut ne fournissant que la répartition par décile. Seuls les derniers centiles sont disponibles. Il se peut que l’ajustement polynomial ne soit pas totalement fidèle à la réalité. C’est bien suffisant pour se faire une idée. Après tout, Louis Chauvel fait pire.

Distribution des revenus en France en 2007

Distribution des revenus en France en 2007

Distribution du revenu en France en 2008

Distribution du revenu en France en 2008

Distribution du revenu en France en 2009

Distribution du revenu en France en 2009

On remarque un accroissement des inégalités dû à un étalement de la distribution vers la droite. En d’autres termes, certains se sont enrichis très largement alors que le coté gauche n’a pas vraiment changé. On note au contraire une situation qui s’améliore pour les deux premiers déciles qui se sont enrichis. Le centre de la distribution est particulièrement stable alors que l’enrichissement du dernier décile est impressionnant pour une période de crise.

Réduction du nombre de pauvres

Faisons nos réformes de la société à la hache, ou plutôt à la Le Pen. Nous verrons bien ce que cela donnera. Pour réduire le nombre de pauvres, il faut faire passer des ménages de la queue de distribution de gauche à un niveau supérieur au seuil de pauvreté, la moitié de la médiane. Deux mécanismes pourraient permettre cela. D’un coté les pauvres rattraperaient le seuil en s’enrichissant. De l’autre, la médiane pourrait s’abaisser, par appauvrissement des classes plus aisées. Prenons une situation fictive pour mieux comprendre. Nous allons imaginer un pays de onze habitants. On recense leurs revenus :

\{100;200;300;300;300;350;400;450;500;600;700\}

Ici, la médiane est de 350. Le seuil de pauvreté est donc fixé à 175. Une personne vit sous ce seuil. Observons ce qui se passe si nous transférons des revenus des plus riches vers la population dans son ensemble :

\{112,5;212,5;312,5;312,5;362,5;362,5;412,5;450;475;575;650\}

Nous avons pris 50 aux plus riches, 25 au neuvième décile et au huitième. Cela fait 100 que nous redistribuons aux huit autres larrons. La médiane passe a 362,5 et le seuil de pauvreté à 181,25. Le pauvre s’est certes enrichi mais ne s’est pas beaucoup rapproché du seuil de pauvreté. Sa distance au seuil ne s’est réduite que de 6,25. C’est le tonneau des Danaïdes de la médiane. Pour sortir de la pauvreté, il faut à la fois s’enrichir et voir les classes moyennes s’appauvrir. On constate le même mécanisme si l’ensemble de la société s’enrichit. Remarquons aussi que le revenu des riches n’influe pas sur le seuil. Voyons ces deux sociétés :

\{100;200;300;300;300;350;400;450;500;600;700\}

\{100;200;300;300;300;350;400;450;500;10000;20000\}

Elles sont strictement équivalentes du point de vue du pauvre. Sa distance au seuil de pauvreté n’a pas changé. Pour réduire le nombre de pauvre, le plus simple est encore de faire cela :

\{200;200;300;300;300;350;400;450;500;600;600\}

En prenant 100 au plus riche pour les donner au plus pauvre, cette société ne connaît plus de pauvreté. On peut aussi faire cela :

\{200;200;275;275;275;325;400;450;500;600;600\}

Ici, le premier individu de la série est encore plus loin du seuil de pauvreté. Ce seuil s’est abaissé.

Divers scénarios de réduction du nombre de pauvres

Cherchons maintenant de quelles façons Marine pourrait arriver à ses fins.

Trente Glorieuses

Le scénario qui pourrait sembler le plus probable serait celui d’une croissance économique forte. En effet, le dernier précédent historique de forte résorption de la pauvreté est lié à une forte création de richesse. Durant les Trente Glorieuses, l’ensemble de la société s’enrichissait. La richesse supplémentaire se distribuait dans des proportions équivalentes à toutes les strates de la population. Les pauvres s’enrichissaient mais le seuil de pauvreté augmentait lui aussi. Dans ses conditions, il faut que la croissance des richesses soit très importante pour que la réduction de la pauvreté soit significative. Je doute que le programme du Front National parvienne à établir une croissance à deux chiffres.

En outre, la richesse était distribuée plus équitablement lors des Trente Glorieuses. Nous le devions au très faible chômage. L’armée de réserve permet de maintenir les salaires à un niveau faible. Dans ce scénario, il faudrait donc que Marine parvienne d’abord à modifier l’équilibre sur le marché du travail. Sacré Marine!

UMPS

Marine n’aime pas les partis au pouvoir. Pourtant, la gauche et la droite ont une méthode qui fonctionne. Nous l’avons vu, en appauvrissant les classes moyennes au profit des plus pauvres, on réduit bien plus rapidement la population sous le seuil de pauvreté. Il suffit donc de taxer les braves classes moyennes. Je doute que les Français souhaitent cela.

Robin Des Bois

Il ne reste alors plus qu’une dernière solution, taxer les plus riches. Mais attention! Il faudra leurs prélever un sacré paquet! Imposer plus fortement les derniers déciles ne fait pas baisser le seuil de pauvreté. Il faut donc que les pauvres reçoivent beaucoup d’argent pour se sortir de la catégorie statistique. J’attends impatiemment de voir Marine expliquer cela à ses petits amis de la CGPME. Elle rétorquera sûrement qu’elle compte réduire les marges des distributeurs, notamment sur les denrées de première nécessité. Même en considérant de manière un peu tordue que cela puisse constituer un transfert de richesses des riches vers les pauvres, ce ne sera jamais suffisant. Elle pestera alors au sujet des « spéculateurs » de « l’économie virtuelle ». L’ennui, c’est que ces catégories maintes fois ressassées ne désignent rien du tout.

Du bon usage de la statistique

Que conseillerons-nous à l’impétueuse Marine? Après de nombreuses décennies de recul, la pauvreté est redevenue un sujet inquiétant. De plus en plus de personnes s’éloignent de la situation médiane. Nous le devons à un accaparement de la richesse par les plus pourvus. Néanmoins, je pense qu’il faut être plus inquiet des mécanismes statistiques au principe de cette pauvreté. Toute une partie de la classe moyenne connaît une situation plus difficile qu’à l’accoutumée. Si cette tendance devait persister, le seuil de pauvreté s’abaisserait, entraînant le nombre de pauvres. En vérité, les difficultés seraient de plus en plus partagées. Une majorité de la population décrocherait d’une catégorie bien plus aisée. Pour reprendre notre pays imaginaire nous serions dans ce type de situation :

\{150;150;175;200;225;250;300;350;700;800;900\}

Ici, point de pauvre, tous les individus vivent au dessus du seuil. Pourtant, nul doute que nous ne souhaitons pas vivre dans cette société de classe, bipolaire. Je crois que la pauvreté va se réduire. Il convient donc de ne pas fixer son attention sur le nombre de pauvre. Ce sont les inégalités qui doivent nous préoccuper. Marine serait plus rassurante en proposant de diminuer le coefficient de Gini; une échelle entre 0 et 1, 0 pour une société ou tous possèdent le même revenu, 1 pour une société dans laquelle un seul ménage possède toutes les richesses.

Pour rester, je le crois, plus proche de l’intention de la préférée des frontistes, il demeurera toujours en marge des statistiques une pauvreté absolue. Le problème de l’exclusion me semble de plus en plus profond. Il remet en question notre manière de gérer les individus différents : malades mentaux, handicapés, malchanceux, etc. Pour les habitants des rues, des forêts, des campings, la vie est de plus en plus difficile. C’est une autre question, plus ardue, méritant toute notre attention. Espérons qu’à l’avenir, Marine saura s’exprimer plus précisément sur ce sujet. On ne sait jamais.

Crypter une clef USB

J’ai trouvé un peu partout sur le web de nombreux guides d’installation d’un système crypté. C’est sûrement très intéressant mais je souhaitais disposer d’une solution moins lourde, ne ralentissant pas les entrées/sorties. En clair, je voulais une clef USB cryptée. N’ayant rien trouvé de satisfaisant, je me suis dit qu’il valait mieux que je documente ma méthode sur mon weblog.

Préparation du système

Certains logiciels manquaient à ma Gentoo pour mener à bien le cryptage. J’ai du installer sys-fs/cryptsetup. Lui même avait besoin du USE FLAG static-libs sur certains paquets, libgcrypt, popt et libgpg-error. Une fois ces options ajoutées à mon /etc/portage/package.use, la compilation s’est parfaitement déroulée. L’opération prend un petit quart d’heure sur un Atom déjà bien occupé.

Par ailleurs, si vous souhaitez utiliser le système de fichier FAT, réputé très portable, vous aurez besoin de sys-fs/dosfstools.

Une recompilation du noyau est souvent nécessaire. En effet, il faut activer Device Drivers –> Multi-device support –> Device mapper support –> Crypt target support. De même, il faut activer l’algorithme de cryptage que vous souhaitez utiliser dans la section Cryptographic API. Chez moi, ce sera de l’AES. À moins que vous ayez des besoins très spécifiques, c’est ce qui vous conviendra.

Préparation de la clef

Tout d’abord, il faut s’assurer d’avoir un ensemble de données aléatoire sur la clef USB. Bien heureusement, Linux sait générer du hasard de bonne qualité :

dd if=/dev/urandom of=/dev/sdb bs=1M

Ensuite, il faut partitionner le disque. Sur ma clef de 3,9 Go, Je voulais réserver 3,5 Go à ma partition cryptée et le reste aux programmes nécessaires à la compatibilité de la clef et du matériel que je transporte habituellement avec moi. J’utilise fdisk. Pour savoir où on en est, on lance la commande suivante :

fdisk -l

Maintenant qu’on sait que c’est le bazar sur notre clef — /dev/sdb dans mon cas — on va partitionner le disque :

fdisk /dev/sdb

Nous sommes accueillis par l’interface de fdisk, l’utilisateur curieux tapera sur la touche m pour obtenir l’aide. Pourquoi m? Allez savoir!

En tapant sur n je crée une nouvelle partition. Avec p je précise que c’est une partition primaire. J’indique le rang de la partition, 1. Ce sera ma partition non cryptée, portable. J’entre donc la taille de ma partition en écrivant +400M.

Passons à la deuxième partition, on entre une nouvelle fois la lettre n. C’est toujours une partition primaire et cette fois les réglages par défaut conviennent pour occuper toute la place restante. Il suffit donc de taper sur la touche entrée à chaque question.

Il reste maintenant à identifier les systèmes de fichiers qui seront sur ces partitions. On utilise pour cela la lettre t. Il vous sera ensuite demandé d’entrer le code héxadécimal correspondant au système de fichier. Ici tout est en FAT32, j’entre donc b. On applique les transformations avec w.

Il ne reste plus qu’à créer les partitions avec la commande suivante :

mkfs -t vfat -F 32 /dev/sdb1.

Cryptage

Maintenant que tout est prêt, le cryptage est finalement assez simple. Je choisis le cryptage AES en 256 bits :

cryptsetup -h sha256 -c aes -s 256 luksFormat /dev/sdb2

Et voilà! La partition est cryptée. Pour la monter, il me suffit de faire :

cryptsetup luksOpen /dev/sdb2 key

Après m’avoir demandé mon mot de passe, cryptsetup crée le fichier en mode bloc /dev/mapper/key. Je peux le monter sur /mnt/key avec la commande mount.

Finition

Pour finir, on voudra surement créer un système de fichier sur la partition cryptée. Le fonctionnement est alors exactement le même qu’avec n’importe quelle partition. Ici, pour avoir une partition FAT32, je fais :

mkfs -t vfat -F 32 /dev/mapper/key

Remarquez qu’il ne faut pas modifier /dev/sdb2 mais bien l’interface dont se sert le noyau pour décrypter la partition.

Par ailleurs, on voudra pouvoir ouvrir la partition n’importe où, sur n’importe quelle machine. Si vous êtes sur une machine GNU/Linux ou BSD, vous n’avez plus qu’à prier pour que votre algorithme de cryptage soit supportée. Sur Windows, il existe un logiciel formidable, FreeOTFE permettant de décrypter votre partition. Le binaire fourni ne nécessite aucun droit spécifique. Il fonctionnera même sur des machines très limitées. Je vous conseille de copier le binaire de la version explorer sur la partie non cryptée de votre clef USB. Sans avoir trop creusé, MacOS X semble être le parent pauvre de la cryptographie interopérable. Apparemment, le décryptage ne fonctionne pas avec ce système.

ncdu

Certaines applications passent parfois inaperçues dans la gigantesque logithèque de l’écosystème GNU/Linux. Les logiciels utilisant la ligne de commande sont souvent de ceux-là. À traîner dans les dépôts, on dégotte souvent de petites perles. Je vous livre ma dernière trouvaille : ncdu.

Un problème

Une compilation n’en finit pas, un fichier ne veut pas se copier, Apache hurle. C’est dans ce genre de situation que le lecteur averti lance timidement, du bout des doigts, la commande df. Oui, vous avez trop de fichiers et non, l’achat d’un disque dur n’est pas tout à fait prévu dans le budget.

Il s’engage alors généralement un grand barnum, farandole de cd, valse de du, danses macabres de rm -r *. C’est long, c’est désagréable, cela ne marche pas très bien. Cela se termine généralement par le national «Eh merde!», révélateur d’un inode qu’on ne reverra plus de si tôt.

Des solutions

Les solutions ne manquent pas pour gérer les fichiers. Nautilus et consorts sont trop lents pour évaluer la taille des fichiers. On pourrait utiliser le célèbre Midnight Commander du talentueux Miguel de Icaza mais je n’ai jamais vraiment apprécié les OFM.

Alors je me résolvais à me balader dans mon système de fichier à l’aide de zsh. Fort heureusement, c’est un shell très puissant. Dans mon zshrc, j’ai toujours gardé dans un coin la commande suivante :

alias grosfichiers=’du -s * | sort -rn | head -10

Cette méthode restait rébarbative, il me fallait quelque chose de plus efficace. Le Saint-Graal m’est alors apparu.

La solution

Le programme ncdu est tout petit, écrit en C. Il est très rapide à l’exécution. Tapons ncdu dans le terminal. Au lancement, il analyse le système de fichier.

ncdu : l'analyse du disque
ncdu : l’analyse du disque

Je suis vraiment soufflé par l’efficacité de ce logiciel. Je ne sais pas comment il parvient à être aussi rapide. Il faudra que je jette un oeil au code, à l’occasion. Une fois l’analyse achevée, l’application affiche tout simplement les répertoires par ordre de taille décroissante.

ncdu : l'interface
ncdu : l’interface

Les raccourcis calviers sont alors totalement intuitifs. On peut enfin nettoyer son système avec son clavier.

ncdu : les raccourcis
ncdu : les raccourcis

J’espère que ce petit logiciel vous sera aussi utile qu’à moi. Pour ma part je l’ai adopté. Faites toutefois attention. C’est une arme de destruction massive. Un simple appui sur la touche d équivaut à un rm -rf pur et simple. Escapades de chatons et chutes de tasses sont proscrites.

Installer mpd sur un serveur Debian

L’excellent mpd est un logiciel permettant de jouer de la musique à l’aide de son ordinateur. En particulier, il adopte une architecture client/serveur permettant de varier les usages. Son installation sur Debian n’est vraiment pas des plus faciles. Je décris mon périple.

Objectif

Je voulais pouvoir faire du streaming à partir de mon serveur Debian. Le serveur mpd devait pouvoir être piloté à partir de mon téléphone fonctionnant sous Android. L’Android market comprend cinq clients. Deux ne fonctionnent pas du tout, Pmix et ThreeMPD. BitMPC et Droid MPD Client fonctionnent très bien mais ne permettent pas de lire le flux. Ce ne sont que des télécommandes. Reste alors MPDroid. Mais ce n’est pas une sinécure.

Galère

En bon petit utilisateur averti je lance tout simplement apt-get update && apt-get install mpd ncmpc. Je suis encore tout naïf et confiant, je me dis que tout va bien. Je configure /etc/mpd.conf, je lance une chanson sympa, la musique jaillit des enceintes.

Je passe au téléphone. Le lecteur natif d’Android ne lit pas le flux. J’installe MPDroid. Il m’indique au premier lancement que la lecture des fichiers ogg n’est disponible qu’à partir de Froyo. Cela tombe bien, j’utilise Gingerbread, CyanogenMod 7 pour être précis. La musique est là mais le lecteur est très instable. À chaque changement de chanson, MPDroid remplit à nouveau le cache et débute la lecture en plein milieu de la chanson. Pas génial.

Recherche

Puisque la lecture fonctionne bien avec la sortie alsa, j’ai orienté mes recherches vers MPDroid. En testant avec d’autres flux je me rends compte que seuls les flux au format MP3 fonctionnent correctement. Même si je préfère largement la méthode d’OGG pour séléctionner la qualité du flux, je vais devoir m’orienter vers le format propriétaire.

L’attaque des barbus

Pas de problème. Je change la variable encoder de /etc/mpd.conf pour lame. Je relance le serveur. L’encodeur n’est pas reconnu.

Hein?! Pas reconnu?! 99,99999% des ordinateurs encodant de la musique utilisent lame. J’ai l’impression d’avoir loupé quelque chose… Je réinstalle les paquets, j’inspecte les paquets installés. Je comprends bien vite que le support de lame n’est pas compilé dans le binaire de Debian. Il semble que lame soit sous le coup de brevets logiciels. Le célèbre encodeur n’est pas compatible avec le contrat social de Debian.

Bien décidé à écouter de la musique avec mon téléphone, je m’arme de mon gcc et décide de compiler lame et mpd. La procédure est assez habituelle : ./configure –enable-oggvorbis –enable-lame –enable-mpg123 –disable-alsa –disable-oss && make && make install. On relance mpd et en avant la musique!

Moralité

Je me mords encore les doigts de ne pas avoir choisi une distribution source pour mon serveur. On aime rarement administrer son serveur. Configurer sa machine principale aux petits oignons est un sport de geek. Faire de même avec son serveur, c’est moins drôle. Je m’étais dit qu’avec Debian, je n’aurais pas à mettre les mains dans le cambouis. Je pensais utiliser les configurations standards pour ne pas avoir de problème. Je me suis trompé. Les distributions binaires sont obligées de faire des choix cruciaux à la place des utilisateurs. Il arrive forcément un jour où cela ne correspond pas aux attentes. En particulier, le contrat social de Debian se révèle parfois trop strict. C’est une réelle protection pour l’utilisateur. Il est assuré d’avoir une distribution libre jusqu’au bout des ongles. C’est à double tranchant.

De même, je déteste lorsque je découvre dans les abymes d’une mailing list qu’une fonctionnalité a été désactivée parce que «Non, c’est pas bien, il ne faut pas faire cela». Les développeurs ont souvent de très bonnes raisons de faire ces choix. L’ennui, c’est que l’utilisateur le découvre souvent après une mise à jour et doit corriger le problème alors qu’il n’en a pas forcément le temps.

Gentoo me permet de faire tout les choix de compilation, il me prévient de tout les changements pouvant affecter mon système de manière claire et efficace. Je n’ai encore jamais vu cela ailleurs. Gentoo, c’est bien.